ÉDITO du déconfinement

Comment garder intacte notre humanité, dans le monde déconfiné qui se prépare ?

Nous avons vécu une étrange expérience : un monde frénétique qui brusquement s’arrête et retient son souffle. Nous laissant abasourdis. Un monde qui nous devient cruellement inhospitalier, faisant de nous les humains, non plus seulement une espèce dangereuse, mais également une espèce en danger. Nous avons appris une nouvelle sémantique. Des mots inusités jusque là, voire inconnus, ont rempli notre bouche : les mots pandémie, confinement, gestes barrières, masques FFP2, respirateur, asymptomatique, distanciation sociale… Ils sont devenus notre lexique de base, notre novlangue. Difficile de réfléchir le nouveau monde sans faire appel à eux. Ce que, hier encore, nous croyions de l’ordre de la science-fiction, s’est imposé aujourd’hui comme notre réalité.

Nous sommes devenus les vecteurs de la propagation d’un virus inconstant et sournois, tantôt anodin, tantôt sévère, récidiviste, et potentiellement mortel. Nous sommes devenus toxiques les uns pour les autres, le fils pour son père, la petite-fille pour sa grand-mère, la femme pour son mari, la mère pour son bébé, les jeunes pour les ainés… Une nouvelle logique du paradoxe s’est imposée à nous, nous forçant à obéir à ses injonctions : pour prouver notre amour à nos proches, il nous a fallu – il nous faut encore – les garder à distance, ne pas les voir, rester chez soi, ne fréquenter personne.Pour se maintenir en vie, prendre soin de la santé des autres, il nous faut passer par la peur de l’autre, s’en méfier, le contourner, l’éviter.

Quelqu’un porte un masque, ou au contraire n’en porte pas, il renifle, il s’éclaircit la gorge, il éternue… Et nous voilà pétrifiés. Cette nouvelle ère se qui se profile sournoisement, si nous n’y prenons garde, sera l’ère du soupçon et de la division. Penser à l’autre comme à un danger potentiel, ce n’est vraiment pas ce qu’il nous fallait. Alors que tous les voyants s’allument, que les alarmes s’affolent, que les sirènes se mettent à hurler : attention les guerres, attention le drame des migrants, attention le capitalisme forcené, attention la destruction des espèces, attention la pollution, attention la déforestation, attention le travail des enfants, attention le terrorisme, attention l’esclavage… Voici le nouveau danger qui nous menace : Alerte au coronavirus ! Attention à la contagion ! Penser à l’autre comme à un danger potentiel, ce n’est vraiment pas ce qu’il nous fallait. A l’heure où nous avons plus que jamais besoin de rassembler nos forces, de nous serrer les coudes, de nous donner la main, de tresser notre courage, ce n’est vraiment pas ce qu’il nous fallait. Nous devons à présent obéir aux règles d’une nouvelle proxémique, celle de la distance, de l’éloignement, de l’isolement. Nous allons devoir apprendre à vivre dans un monde déconfiné, aseptisé, où le port du masque devient un geste de civisme, et le rapprochement physique, la poignée de main, l’accolade, le baiser, l’étreinte, deviennent des gestes de subversion.

Mais quoi ? Subversifs nos gestes de tendresse et d’affection ? Subversifs nos gestes d’amour ? Subversif notre désir ? Une prise de risque folle, inconsidérée, irresponsable, nuisible et dangereuse ? Subversive notre humanité ? Les êtres humains ont besoin de communier. De se rassembler. D’échanger. De refaire le monde. Comment allons-nous faire pour construire le monde de demain ? Comment allons-nous faire pour ne pas perdre notre âme dans un monde déconfiné ? Comment allons nous faire pour garder ce qui reste de notre humanité ? Il va falloir trouver d’autres façons. Nous ne pouvons plus nous serrer les uns contre les autres ? Nous ne pouvons plus nous étreindre ? Nous allons inventer d’autres façons. Nous allons être plus imaginatifs, généreux, engagés et bienveillants. Nous allons être plus aimants. Il va nous falloir de la force, il va nous falloir de la vigilance, il va nous falloir de la détermination. Ce sacré coronavirus occupe toute la place mais ça ne doit pas durer. Il occulte des problématiques qui ne peuvent pas attendre et qui n’attendront pas.

Pour cela, malgré la distance sociale, il faut garder notre lien, ne pas perdre de vue nos combats, surtout ne pas oublier la fraternité. Et garder notre humanité, prendre soin des autres, c’est avant tout garder la proximité, malgré la distanciation sociale : être plus que jamais à l’écoute, attentifs, patients, souriants sous le masque, bienveillants dans nos paroles, respectueux les uns envers les autres. Rester ensemble, unis et dignes, dans les combats qu’il nous faut continuer à mener.

Malgré ce coronavirus. Surtout à cause de ce coronavirus. Pour qu’il n’aie pas raison de nous… Qu’il n’aie pas raison de notre humanité…

Marie Pierre


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